COLLOQUE 2016   

 « PROUDHON ET L’AUTONOMIE DU SOCIAL »

COLLOQUE ANNUEL DE LA SOCIETE P.J PROUDHON

UNIVERSITE DE CAEN, SAMEDI 10 DECEMBRE 2016.


Dans ses Carnets de 1852, Proudhon confiait : "Je fais de la politique pour la TUER. EN FINIR AVEC LA POLITIQUE." Cette confession résume, sur un ton particulièrement polémique, sa critique bien connue du gouvernentalisme, comme si le mépris de la politique constituait le commencement de la sagesse sociale.

Pour autant cette volonté d’en finir avec le « préjugé gouvernemental » ne saurait être réduit à une injonction purement négative à abolir tous les pouvoirs. Elle est aussi une invitation à faire droit à une « constitution de la société » qui n’aurait plus pour fondement la hiérarchie des pouvoirs politiques mais la libre organisation des forces économiques et sociales. Comme si la société pouvait et devait s’instituer non plus à partir de l’hétéronomie (du) politique mais de l’autonomie du social, de cette garantie mutuelle de la liberté de tous par tous qui permet, au contraire, de se passer de tout gouvernement.

Par ce geste radical, Proudhon peut ainsi être interprété, indissociablement, comme un pionnier de l’anarchisme mais aussi de la sociologie. En effet, une telle science ne repose-t-elle pas sur l’affirmation d’une irréductibilité, voire d’une autosuffisance du social ? Ne suppose-t-elle pas de détrôner la philosophie politique dans son ambition, depuis les Anciens, de constituer « la » science de la société, pour mieux affirmer la primauté de la « constitution sociale » sur la « constitution politique » ?

Dans Les Confessions d’un révolutionnaire, écrites, comme le rappelle Pierre Ansart « dans une sorte de colère au lendemain de l’échec d’une révolution sociale espérée », Proudhon précise en effet :

« Je distingue en toute société deux espèces de constitutions : l’une que j’appelle la constitution SOCIALE, l’autre qui est la constitution POLITIQUE ; la première, intime à l’humanité, libérée, nécessaire, et dont le développement consiste surtout à affaiblir et écarter peu à peu la seconde, essentiellement factice, restrictive et transitoire. La constitution sociale n’est autre chose que l’équilibre des intérêts fondé sur le libre contrat et l’organisation des forces économiques qui sont, en général : le Travail, la Division du travail, la Force collective, la Concurrence, le Commerce, la Monnaie, le Crédit, la Propriété, l’Egalité dans les transactions, la Réciprocité des garanties, etc. La constitution politique a pour principe l’AUTORITE, ses formes sont : la Distinction des classes, la Séparation des pouvoirs, la Centralisation administrative, la Hiérarchie (…). Ces deux constitutions (…) sont de nature absolument diverse et même incompatible »

C’est dans cet esprit que ce colloque se proposait d’interroger en premier lieu le Proudhon sociologue, théoricien du « social ». Il s’agira non seulement de clarifier et d’actualiser cette opposition entre constitution politique et constitution sociale, mais aussi d’approfondir sa conception de l’autonomie du social en se demandant sur quoi celle-ci peut être fondée. Ainsi, seront notamment confrontées, son analyse de la praxis à celle de Marx, de la réciprocité à celle de Mauss et de la propriété à celle de Rousseau.

 

En second lieu, ce colloque discutera du Proudhon libertaire, en montrant en quoi cette thèse de l’autonomie du social ouvre à une intelligence renouvelée de pratiques militantes, passée et présente, qu’il s’agisse de l’éducation populaire, de la thématique du « commun », de l’engagement associatif et des initiatives contemporaines de l’économie solidaire.

Programme (et titres provisoires)

9h30 : Accueil des participants

9h45 : Présentation du colloque – Philippe Chanial

10h : L’irréductibilité du social et la question de la propriété de Rousseau à Proudhon – Stéphane Corbin

10h30 : Discussion

10h45 : Au commencement était la réciprocité ? De Proudhon à Mauss (et retour) – Philippe Chanial

11h15 : Discussion

11h30 : De la praxis chez Marx et Proudhon – Bruno Frère

12h : Discussion

12h15 : Constitution sociale et constitution politique chez Proudhon – Samuel Hayat

12h45 : Discussion

13h- 14h30 Déjeuner

14h30 : Penser les communs avec Proudhon ? – Christian Laval

15h : Discussion

15h15 : L’autonomie du social dans l’éducation populaire libertaire – Irène Péreira

15h45 : Discussion

16h : La question de l’autonomie du social dans l’économie solidaire – Laurent Gardin

16h30 Discussion

16h45 : Engagement éthique dans les relations, auto-organisation entre égaux et confrontation avec le monde : Proudhon et les anarchistes aujourd’hui – Julien Vignet

17h15 : Discussion

17h30 : Fin du colloque

SOCIETE P.-J. Proudhon

 Archives Proudhoniennes

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